Comme à chaque année, ce rapport du BPIC estime les investissements publicitaires sur Internet de l’année précédente non seulement au total, mais aussi par segments (par type de publicité interactive, par catégorie d’annonceur, etc.). C’est en analysant la croissance des investissements publicitaires par langue (anglais VS français) depuis 2006 que l’on se rend compte d’une tendance pour le moins troublante: alors que les investissements publicitaires en anglais augmentaient de 42% de 2006 à 2007 et de 31% de 2007 à 2008, ceux en français augmentaient respectivement de seulement 25% la première année et 22% la seconde. Ouch. Si on analyse la croissance sur 2 ans, de 2006 à 2008, le marché anglais a crû de 86% contre seulement 52% pour le français. Le français représentait environ 22% des investissements publicitaires au Canada en 2006 contre environ 20% en 2008. À noter que, selon Statistique Canada, les francophones représentent plus de 22% de la population canadienne (recensement 2006 = 22,1%), ce qui peut être interprété comme une « sous-représentation » au niveau des investissements publicitaires.
Une autre façon de voir les choses: si le marché français avait crû aussi rapidement que l’anglais depuis 2006, il représenterait aujourd’hui environ 387 millions… soit, tenez-vous bien, 70 millions de plus qu’en ce moment!
Comment expliquer cette tendance et ce manque à gagner pour le marché francophone? Sans être les seuls facteurs, je vois au moins 2 raisons qui expliquent — du moins en partie — cette situation :
Les planificateurs médias de Toronto ne connaissent pas aussi bien le marché francophone que le leur (lire: anglophone). Même si les rapports de comscore MediaMetrix peuvent les aider à faire leurs planifs en français, il y a fort à parier qu’ils n’exploitent pas toujours le marché francophone autant qu’ils le devraient. Exemple: « Les francophones représentent environ 22% de la population francophone ? Arrondissons un peu, 20% de ma planif suffira ».
Les Canadiens francophones, en général, sont à l’aise en anglais et « consomment » au moins à l’occasion des pages en anglais, alors que l’inverse n’est pas vrai (les anglophones ne naviguent pas vraiment en français). Résultat: on peut effectivement rejoindre quelques francophones en plus des anglophones lorsqu’on s’affiche sur des sites en anglais.
Quoi qu’il en soit, il faut tenter de renverser la vapeur et viser à ce que la proportion des investissements publicitaires sur Internet en français soit au moins équivalente à la proportion de la population francophone, c’est-à-dire 22%. Et le meilleur moyen pour arriver à ce que le marché francophone soit bien représenté, c’est au moins de faire planifier le français… par des francophones !


Articles
Sébastien, ça peut effectivement paraître troublant. Je pense cependant qu’un des éléments majeurs expliquant ceci est le manque de visibilité des sites francophones auprès des annonceurs. Effectivement beaucoup d’achats médias sont fait à Toronto et comme ils sont très peu exposés à l’offre média francophone, ils vont en général opter pour cibler les francophones par le biais des sites anglophones.
Il est devenu primordial pour les éditeurs francophones de maximiser leur visibilité auprès des annonceurs surtout à Toronto afin de récupérer le manque à gagner au niveau des investissements publicitaires. De nombreux sites francophones sont méconnus des annonceurs, ils représentent cependant d’excellentes opportunités pour les annonceurs.
Les annonceurs qui profiteront de l’opportunité que représentent les sites francophones gagneront beaucoup selon moi.
| 10 août 2009 @ 10 h 24 min
Excellent article!
| 10 août 2009 @ 10 h 26 min
C’est tellement vrai, la clé c’est Toronto.
Que les annonceurs ne connaissent pas tout les sites valables du Québec, soit, mais au moins les planificateurs devraient eux les connaitre.
| 10 août 2009 @ 14 h 39 min